Pas
de décollage du commerce en ligne sans
confiance. Celle-ci ne touche pas que les
paiements. C'est aussi une question de
protection des données privées ", déclarait
Michel Gentot, le président de la Cnil (1)
(Commission nationale informatiques et libertés),
lors d'un débat sur l'Europe face au commerce
électronique. Une préoccupation partagée par
les grands cabinets de conseil comme Price
Waterhouse Coopers, qui vient de publier une étude
sur ce thème (2). La
confidentialité des données privées sera
aussi au menu des discussions lors du prochain
sommet du G8 à Cologne. Point crucial : il faut
rassurer les internautes. Une autre étude, de
l'OCDE et de la Federal Trade Commission, révèle
que 70 % des internautes américains se déclarent
préoccupés par l'utilisation de leurs données
et que 41 % se déconnectent des sites qui
demandent des données personnelles. "
Comment adapter le droit aux évolutions des
technologies numériques sans freiner croissance
et dynamique du commerce en ligne ? ",
s'interroge Michel Gentot.
Les lois protègent mais datent un peu
En France et en Europe, c'est la directive de
1995, inspirée de la loi de 1978, dite
Informatique et Libertés, qui grave dans le
marbre les règles protégeant les citoyens
quant aux données privées issues de fichiers
informatiques (voir encadré).
Internet n'échappe pas à la règle. Pourtant,
comme l'avoue Michel Gentot, cette directive
suscite aussi des inquiétudes. " À
l'heure des échanges mondiaux, elle reprend des
principes vieux de 21 ans (1978) ou, au pire, de
presque 5 ans (1995), alors qu'Internet se développe
à un rythme effréné." Une analyse partagée
par Serge Gauthronet, spécialiste de la
protection des données au cabinet d'études
Arete. " Les Européens ont confiance en
leur législation, mais cette confiance ne doit
pas être trahie. Or, c'est le cas avec les
fournisseurs d'accès qui offrent un abonnement
gratuit contre des informations sur l'abonné,
et qui contournent ainsi la loi. "
De leur côté, hébergeurs et sites
marchands se défendent d'utiliser des données
personnelles à l'insu des internautes. "
Nous ne nous servons que des informations laissées
volontairement par les visiteurs ",
explique Thierry Fossaert, directeur marketing
de Marcopoly.
Les premiers dérapages en ligne
Même tonalité à la librairie en ligne
Bol.fr. " Nous n'inondons pas les boîtes
aux lettres de courriers non sollicités ",
confirme Fabrice Cavarretta, directeur général
de Bol.fr. Sébastien Gioria, responsable de la
sécurité chez l'hébergeur France Net, assure
lui aussi prendre toutes précautions pour
garantir la protection des internautes. "
L'emploi que nous faisons des données de nos
clients se limite à les informer des évolutions
de notre service. " Pourtant, l'e-commerce
connaît ses premiers dérapages. Quel
internaute n'a pas reçu de courriers non
sollicités vantant les mérites de tel ou tel
produit ? " Il n'est pas impossible que
différentes sociétés d'un même groupe se
transmettent leurs fichiers clients ",
confirme Sébastien Gioria de France Net. La
maturité des utilisateurs reste, selon l'avis
des intéressés, le meilleur garde-fou contre
les abus. " Nous n'avons utilisé qu'une
fois un fichier contenant des données issues de
prospects n'ayant pas commandé chez nous, et
cela n'a rien donné ", explique Thierry
Fossaert de Marcopoly. " Les sociétés qui
font du commerce en ligne ne doivent pas scier
la branche sur laquelle elles sont assises, en
entamant le capital confiance de leurs futurs
clients ", ajoute Serge Gauthronet, du
cabinet Arete. Paul-Émile Cadilhac, directeur
Internet au Printemps précise : " C'est
une question de déontologie. " Des vœux
pieux qui, selon Thierry Fossaert, ne suffiront
peut-être pas. " Globalement, les
entreprises qui vendent sur Internet se préoccupent
de l'éthique. Mais si la concurrence devient
plus dure, il n'est pas exclu que les pratiques
changent. " Pourtant, la protection des
données privées est indispensable dans un
environnement qui va passer d'un stade
relativement artisanal à un stade industriel,
avec une analyse plus fine des comportements.
" Il faut se battre bec et ongles pour que
le consommateur français qui donne son adresse
électronique ne voit pas ses données
personnelles utilisées à tort et travers
", explique Fabrice Cavarretta, de Bol.fr.
Et Michel Gentot, de la Cnil de conclure :
" Si les technologies sont américaines,
les garanties peuvent et doivent être européennes.
"
1: Le site de la Cnil : www.cnil.fr
2: Etude de Price Waterhouse
Coopers : www.e-business.pwcglobal.com/feature/ss_privacy.asp.
Consultez aussi l'étude de Georgetown
University : 141.161.89.22/DEPT/FACSERV/FACULTY/CULNANM/GIPPSHOM.HTM